partager

Les naufragés de la Maria

Entrez dans un monde désaxé où la seule constante est l'homme désappointé, le dingue et le paumé... Voyagez ! Faites la traversée en baleine de Corzo à Briaz, et si vous avez de la veine vous pourrez assister au show de DJ Haydn. Si vous n'en avez pas, tâchez au moins d'éviter les prédicateurs fanatiques et de rester en vie !


La puissante baleine fonçait tête baissée à travers l’océan. La passerelle de commande, située sous un dôme semblable à ceux du salon restaurant et du magasin, placée en avant de l’orifice respiratoire de Maria, abritait le timonier, le navigateur et le zoologue – affairés à leurs habituelles besognes – qui entouraient le commandant Bonéem, installé au centre sur son fauteuil surélevé.

Le commandant Bonéem avait une chevelure fournie et frisée sous sa casquette de commandant, une moustache légère et des lunettes de soleil, il portait un uniforme galonné et amidonné, des mocassins tâchés de sel séché. Le style capitaine de baleine. Bonéem était un ancien pilote des lignes astrominières. Sa longue carrière lui avait permis de piloter des hélinefs d’élagage, des taxis, des trains, des ferries et donc, aujourd’hui, il pilotait une baleine. Sa Maria. Il l’aimait, sa baleine. Comme un capitaine aime son navire, comme un mari aime sa femme. Ils avaient ensemble une grande expérience de la mer. Un voyage extraordinaire devenu pure routine au fil des traversées.

Les premiers milles se révélaient toujours être les plus délicats. (Maria était agitée ce matin avant le départ, notamment à cause de quelques diables d’éléphants, il fallait surveiller la moindre réaction anormale pouvant survenir. Et dans l’idéal, l’anticiper.) Les commandes directionnelles de la baleine se faisaient en interceptant les signaux radars de son sonar naturel afin de contrôler sa perception et son écho-location. C’était d’une très grande complexité technique et ça fonctionnait très bien seulement le plus infime trouble nerveux de sa part pouvait faire dérailler ce contrôle rigoureux et rendre les commandes imprécises, voire inutiles.

Le voyage commençait sous de bons augures. Une météo parfaite, un comportement idéal du cétacé, qui répondait au doigt et à l’œil, un équipage entraîné, des passagers agréables et des hôtesses charmantes.


Commentaire :

Dans une galaxie loin de chez nous, cette histoire rocambolesque va de baleines en éléphants, pour s’achever dans des contrées reculées administrées par des sectes cannibales. Vous n’en reviendrez pas !


Retrouvez cette histoire dans le recueil Les éléphants gris d'Europe et d'Amérique

acheter

Disponible


partager

Précédent

75 pages
Disponible
Version électronique : 1 €

Suivant