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Coup de grisou

Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… L’important c’est la mobilité ! Vous recherchez un emploi ? Vous n’êtes pas mobile ? Laissez tomber. Nelson Saint-Cyr, héros bien malgré lui de Coup de grisou, va traverser la galaxie pour obtenir un poste.


Nelson Saint-Cyr habitait un duplex face à la mer et au soleil. Ça n’avait rien d’une situation privilégiée car la mer, le soleil et les duplex étaient partout sur Gibon Minoris 2. La vie, apparue à l’ombre des ponts et des parasols dans la boue sableuse primordiale, s’était développée sur les polders et dans les buildings qui se dressaient désormais le long des plages ensoleillées. (C’était du moins ce que, dans les écoles, on enseignait aux jeunes Gibonais.) Nelson Saint-Cyr n’aimait pas particulièrement la mer. Pas plus que le soleil. Ce dernier n’offrait aucun intérêt pour qui n’était pas aux commandes d’un puissant bolide décapotable.

Son appartement poussiéreux – faire le ménage ne faisait pas partie de ses priorités – ne lui apportait ni confort ni satisfaction. Les pieds croisés sur la table basse, la télévision en sourdine, il feuilletait Votre Voiture & Vous, son magazine favori. Nelson possédait la même vieille bagnole depuis aussi longtemps qu’il s’en souvenait. Il préférait les bagnoles à la mer et à tout ce qui y flottait, même puissamment motorisé. Il rêvait d’un coupé racé aussi rapide qu’un vaisseau spatial. Une Sulitzer K4, avec une carrosserie brillante. Décapotable. Jantes en or massif. Intérieur en cuir de dauphin.Un fantasme déraisonnable, compte tenu de son salaire minable d’ingénieur raté. Il n’avait eu aucune idée originale depuis bien longtemps. En avait-il jamais eu la moindre ? Seuls les ingénieurs rentables étaient correctement payés. On donnait aux autres le strict nécessaire pour survivre dans la dignité.

Mais, songea Nelson, cela pourrait bien changer très prochainement. Oh oui ! Ça va changer mon vieux... Terminé la précarité !


Commentaire :

Nouvelle incursion dans un monde délirant, mais dont les marques sur son calque sont les mêmes que celles que nous laissons sur le nôtre. Le marché de l’emploi, à des années-lumières de la Terre, n’est pas plus enthousiasmant du tout.


Retrouvez cette histoire dans le recueil Un dernier homme, pour la route ?

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37 pages
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Version électronique : 1 €

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